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Photographier pièces et billets anciens

Macro, lumière rasante et conservation : la méthode pour photographier des pièces et des billets anciens sans les abîmer et sans matériel de studio.

Photographier pièces et billets anciens
Une image de travail liée au sujet de cette note.

Pour photographier une pièce ou un billet ancien, il faut trois choses : un objectif macro ou une bonnette, une lumière rasante venue de côté, et un support qui ne raye pas la surface. Le reste, trépied, retardateur, fond neutre, sert seulement à répéter la même prise d'une pièce à l'autre. Compte 20 à 40 minutes pour une série de dix monnaies, manipulation comprise.

Pourquoi la lumière rasante change tout ?

Une pièce est un objet en relief de moins d'un millimètre. Vue de face, avec une lumière qui vient de l'appareil, elle devient un disque plat : le listel, les lettres et les différents disparaissent. La lumière rasante, elle, vient de la gauche ou de la droite, presque parallèle au plan de la pièce. Chaque micro-relief projette alors une ombre courte, et le dessin réapparaît.

Le réglage de base : une source unique, à 15 ou 30 degrés au-dessus du plan, à 20 ou 30 centimètres. Une lampe de bureau à LED suffit. Si tu as deux lampes, garde une seule source allumée et place un carton blanc du côté opposé pour renvoyer un peu de lumière dans les ombres. Deux sources symétriques écrasent le relief, c'est l'erreur la plus fréquente.

Pour un billet, la logique s'inverse en partie. Le papier est plat, mais il porte des reliefs d'impression, des filigranes et parfois des bandes. La lumière rasante très inclinée, presque dans l'axe du billet, révèle le relief d'impression taillé en creux. Pour montrer le filigrane, il faut éclairer par transparence, avec une plaque lumineuse fine ou une vitre posée sur deux cales et une lampe dessous.

Un mot sur les monnaies de l'Union latine : le 5 francs argent de 25 grammes à 900 millièmes et le 20 francs or de 6,45161 grammes ont un relief assez haut, et les lettres d'atelier sont petites. Ce sont exactement les cas où la lumière rasante fait la différence entre une photo lisible et une photo inutile. Si tu débutes sur ces monnaies, la revue L'Union latine détaille les types, les ateliers et les états de conservation, ce qui aide à savoir quoi montrer sur la photo.

Quel matériel minimum pour la macro ?

Tu n'as pas besoin d'un studio. Trois configurations fonctionnent :

  • Un objectif macro dédié, 60 mm ou 90 mm, qui fait le travail sans accessoire.
  • Un objectif standard avec une bonnette close-up vissée devant, la solution la moins chère.
  • Un téléphone récent, posé sur un support, avec la mise au point manuelle si elle existe.

Dans tous les cas, il faut un support stable. Un trépied à 30 ou 60 euros suffit. Le retardateur de 2 ou 10 secondes, ou un déclencheur souple, évite le flou de bougé, qui devient visible dès qu'on grossit.

Le fond : un carton gris moyen, un tissu de velours noir ou un papier uni. Le noir fait ressortir l'argent et l'or, le gris neutre évite de fausser la couleur perçue. Évite le blanc pur, qui pousse l'appareil à sous-exposer la pièce.

Pour la mise au point, travaille en manuel et place le point sur le relief le plus haut, pas sur le bord. Ferme le diaphragme à f/8 ou f/11 : la profondeur de champ augmente et l'ensemble de la pièce devient net. Au-delà de f/16, la diffraction ramollit l'image sur la plupart des capteurs.

Un dernier point : la balance des blancs. Règle-la sur la température de ta lampe, ou fais une mesure sur une feuille blanche placée à la hauteur de la pièce. Sinon, l'argent vire au bleu et l'or au vert.

Comment photographier sans abîmer la pièce ?

C'est la partie qui compte le plus, parce qu'un dégât est définitif.

Ne touche jamais la surface d'une pièce ou d'un billet à mains nues. Le sébum laisse une trace qui, sur le bronze, s'oxyde et devient une tache brune en quelques mois. Utilise des gants en coton ou en nitrile. Pour un billet, tiens-le par les angles, jamais au centre.

Pose la pièce sur un support souple : feutrine, mousse de conservation, ou capsule. Ne la fais pas glisser sur une table, même en bois : le moindre grain raye le champ. Si tu dois la retourner, soulève-la, ne la pivote pas.

Évite de souffler dessus pour enlever une poussière. La salive projetée est acide. Utilise une poire soufflante, celle qu'on trouve pour les capteurs photo, à 5 ou 10 euros.

Ne nettoie pas une pièce avant de la photographier. Le nettoyage enlève la patine, et la patine fait partie de l'état de conservation. Une pièce brillante mais nettoyée vaut souvent moins qu'une pièce patinée. Photographie-la telle qu'elle est, poussière comprise, et enlève la poussière optiquement plus tard si besoin.

Pour les billets, ne les plie pas, ne les glisse pas dans une pochette PVC souple de récupération. Le PVC migre dans le papier et le jaunit. Une pochette en polyester neutre coûte quelques dizaines de centimes et se garde des années.

Faut-il photographier les deux faces et la tranche ?

Oui, et c'est même la base d'une fiche correcte.

Pour une pièce : avers, revers, et une vue de la tranche si elle est particulière, cannelée, en cordonnet ou lisse. La tranche se photographie avec la pièce debout, calée dans un peu de pâte adhésive neutre, ou tenue entre deux doigts gantés hors champ.

Pour un billet : recto, verso, et un détail des signatures ou du numéro si tu veux montrer un type précis.

Ajoute une photo à l'échelle, avec une règle ou une pièce de référence dans le champ. C'est utile quand tu compares deux exemplaires ou quand tu demandes un avis.

Nomme tes fichiers de façon cohérente : pays, valeur, année, atelier, face. Sur dix ans, c'est ce qui te permettra de retrouver une image sans ouvrir chaque dossier.

Comment ranger et sauvegarder les images ?

Une photo de pièce sert deux fois : pour toi, et pour un acheteur ou un assureur éventuel.

Garde les originaux en RAW ou en JPEG de qualité maximale, et une version réduite à 1600 pixels de large pour l'envoi par mail. Une image de 4000 pixels ne passe pas dans une messagerie, et une image de 600 pixels ne montre rien.

Sauvegarde sur deux supports au moins : un disque externe et un espace en ligne. Un disque unique tombe en panne, c'est une question de temps.

Range les fichiers par monnaie ou par pays, pas par date de prise de vue. Tu chercheras un 5 francs, pas un mardi.

Enfin, note dans un fichier texte, à côté des images, le poids, le diamètre, l'atelier et l'état de chaque pièce photographiée. La photo sans ces données perd la moitié de son intérêt, surtout quand tu compares des états de conservation entre FDC et usée.

Quelques réglages de départ à recopier

Pour une pièce argent ou or, sous une lampe LED unique :

  • Mode manuel, ISO 100 ou 200.
  • Ouverture f/8.
  • Vitesse adaptée à la lampe, souvent entre 1/15 et 1/60 s.
  • Balance des blancs manuelle sur la lampe.
  • Retardateur 2 secondes.
  • Source à 20 cm, à 20 degrés au-dessus du plan, côté gauche.
  • Carton blanc à droite, à 15 cm.

Pour un billet, même base, mais source presque dans l'axe du papier, à 10 degrés, et un passage en transparence pour le filigrane.

Teste, regarde l'écran, décale la lampe de 5 degrés, recommence. C'est le seul vrai réglage : la bonne inclinaison n'est pas la même pour un écu de 37 millimètres et pour une monnaie de 15 millimètres.

Source : https://www.bnf.fr/

Les papiers anciens demandent les mêmes précautions que les métaux : photographier une estampe ou une affiche se fait à plat, sans ombre portée.

Photographier pièces et billets anciens
Une pièce de 5 francs en argent posée sur une feutrine grise, éclairée par une lampe de bureau LED venue de la gauche à faible hauteur, cadrage serré au niveau du listel.